Du 3 au 5 février 2026 à Tunis, les partenaires de Mawjaat se sont réunis autour de la thématique du soin et de la résilience, accueillis par le collectif L’Blaça. Pendant deux jours, ils ont partagé leurs expériences et interrogé leurs pratiques, leurs modèles et leurs modes d’organisation, afin de mieux comprendre comment les vulnérabilités – des publics, des équipes et des organisations – traversent les espaces et influencent la capacité des tiers-lieux et acteurs culturels durer à agir et à se projeter dans la durée.
Jour 1: Le soin et les vulnérabilités: une entrée partagée pour les tiers-lieux
La première journée, la thématique du soin a été abordée comme une dimension à la fois professionnelle, politique et collective. Les discussions ont permis de déplacer la notion de soin au-delà d’une approche individuelle, pour interroger :
Les échanges lors de cette première journée ont permis d’interroger comment ces vulnérabilités sont prises en charge, par qui, à quel prix et avec quels effets. Ils ont été nourris par des retours sur expériences sur les vulnérabilités vécues dans chacune des organisations, allant de l’expérience individuelle aux actions collectives, et ont fait ressortir un constat partagé : une grande partie du travail de soin reste invisible, peu reconnue et repose souvent sur les mêmes personnes ou équipes, au risque d’un déséquilibre durable.
Les discussions ont été prolongées par un exercice collectif de cartographie des capacités de soin des structures partenaires, leur permettant d’identifier les situations où elles absorbent trop, où des limites sont dépassées, et où la responsabilité collective fait parfois défaut entre équipes, partenaires et financeurs.
Enfin, les partenaires du projet ont participé à un atelier de Broderie and Care, offrant un temps d’exploration sensible autour de l’idée de “tisser des liens” à l’échelle méditerranéenne.
Jour 2: Modèles économiques hybrides et mutualisation : des réponses structurelles aux vulnérabilités
La deuxième journée a permis de replacer le modèle économique au cœur du projet politique et social des tiers-lieux, en le traitant non pas comme une contrainte technique, mais comme un outil de soin et de résilience collective plutôt qu’un facteur d’épuisement ou de contradiction. A partir de cadres issus de l’économie sociale et solidaire, les participants ont exploré différentes formes de modèles hybrides (marchands, non marchands, mixtes) et leurs implications concrètes. Les échanges ont permis d’aborder les enjeux suivants :
Des exercices collectifs ont aidé les participants à distinguer ce qui relève de la “part visible” des projets (missions, programmation) et de leur “part invisible” (coûts, coordination, charge de travail), souvent sous-estimée mais déterminante pour leur pérennité. Enfin, un atelier pratique collectif de cuisine avec des produits issus l’agroécologie a concrétisé ces réflexions en illustrant l’importance des chaînes de valeur locale et de la coopération territoriale.
Entre réflexions critiques et expérimentations collectives, ce premier temps à Tunis a affirmé une conviction partagée : c’est en rendant visibles les vulnérabilités et en les traitant collectivement que les tiers-lieux peuvent construire des modèles plus justes et durables, fondés sur des formes économiques cohérentes avec leurs valeurs, une gestion partagée et un ancrage fort dans leurs réalités territoriales.